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Courage et Dévouement par Sandra Chenu Godefroy

Courage et Dévouement par Sandra Chenu Godefroy

Quelques heures avant le coucher du soleil, un panache de fumée s'élève au dessus de l'étang de Berre. Dans des forêts difficilement accessibles, alors que le mistral fait rage et que la nuit aéronautique vient de tomber, le feu de pinède dévore irrésistiblement ses premiers hectares de végétation et arrive aux portes de la ville...

Une lutte par trop inégale s'engage, face aux flammes de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, les camions pompiers et les binômes viennent s'aligner en suivant la ligne de chemin de fer de Sausset-les-pins. Et puis ils attendent, à l'écoute du crépitement violent des troncs d'armes désintégrés par la chaleur. Et alors que les flammes ne sont plus qu'à une poignée de mètres de la ligne d'arrêt, le vent tourne, comme pour les prendre à revers. Dans les camions léchés par les flammes, il y a des hommes... et il faut pourtant tenir jusqu'au lendemain matin, quand les canadairs pourront enfin décoller, et prendre la relève.

Voilà pour le sujet... Pour ce qui est de l'expérience photographique, l'histoire ne manque pas d'intérêt non plus : je terminais un reportage avec Laurent, un collègue, sur le quotidien de pompiers dans le Vaucluse, à quelques centaines de kilomètres de là. Et alors que je venais -enfin- de me doucher et de commencer à me détendre après quelques journées plutôt intenses en émotions et légères en sommeil, nous voilà à nouveau projetés dans la tourmente par Greg, un autre photographe.

Mes deux camarades étant à la fois pompiers et photographes, la situation n'avait pas le même parfum pour eux que pour moi : en tant que civile, je suis confrontée à la même détresse que ces vacanciers fuyant les flammes, la fumée opaque et âcre est partout, elle gêne la respiration et l'autofocus de l'appareil... Mais ce n'est pas le plus étrange, ce qui me surprend, c'est le bruit, tout les sons extérieurs sont étouffés à cause du manque d'air, les pompiers sont obligés de hurler pour communiquer et pourtant, on les entend à peine. Alors au lieu d'entendre ce qui se passe autour de moi, je n'entends que mon propre cœur, et chacune de mes respirations m'accompagne...

C'est dans cette ambiance calfeutrée que je commence à travailler, jamais très loin de mes camarades, un moyen d'assurer notre sécurité réciproque... Alors que j'étais dans son périmètre depuis quelques minutes, un chef d'agrès m'interpelle « si jamais ça pue, vous monterez avec moi dans ce camion ». L'auto-protection: des pompiers qui s'enferment dans leur camion protégé par un système d'eau refroidissant la carrosserie le temps que le feu leur passe dessus... il paraît que ça ne dure que quelques minutes, oui mais tant qu'à faire, je n'aimerai pas tester.

Je me concentre sur mon travail, mes photos, mes cadres, cette mise au point que je fais en manuel, tant bien que mal. Avec mes camarades nous nous dirigeons vers la ligne de chemin de fer, travée naturelle dans la forêt que le feu sera amené à franchir: les pompiers vont s'y positionner, et tenter d'y stopper les flammes. Le feu est loin, mais la lumière orange qui baigne la scène nous rappelle qu'il approche. Tous les 20 mètres le long de la ligne, des camions pompiers et leurs équipages sont positionnés, de longues minutes d'attente, on discute...

Brusquement le feu change d'axe de propagation, un camion qui se déplaçait vient de manquer de se renverser, il est immobilisé alors que des flammes se dirigent sur lui. La situation est tendue, des noms d'oiseaux s'échangent, mais de toutes façons, le boulot doit être fait...  Un binôme à pied se rapproche du véhicule, prêt à protéger avec sa lance les conducteurs si ceux-ci doivent abandonner le camion. Le vent nous projette des braises incandescentes dessus et le voile de fumée se déchire pour laisser la place à de gigantesques flammes... C'est beau et horrible à la fois... Face aux éléments, deux petits hommes, ridicules et insignifiants. « Courage et Dévouement » ce n'est peut être pas pour rien que c'est la devise des pompiers.

Incendie de Châteauneuf-les-Martigues, Ligne d'arrêt de Sausset-les-pins, nuit du 24 juillet 2010 à 02h12
NIKON D700 – NIKKOR 14-24 /2,8
MODE M - ISO 3200 - 1/40s F/3,5

Texte et image : Sandra Chenu Godefroy

http://www.sandrachenugodefroy.com