Jeu Khmer par Quentin Top

Cette histoire vous est proposée en partenariat avec Photophiles.com
J'ai pris cette photo lors d'un voyage au Cambodge durant les mois de mai et juin 2010.
Visiter ce pays a été comme prendre une baffe chaude, collante et miséreuse en pleine face. Bizarrement cette claque je ne l'ai prise qu'à mon retour et je me la reprends chaque fois que je repense à Phnom Penh, Battambang, ou Siem Reap.
Royaume des mutilés, de la chaleur, des enfants perdus-drogués-prositués ,de la mousson, des Khmers traumatisés par leur passé génocidaire, et des sourires inexpliqués, le Cambodge quand on le regarde bien en face n'est pas une destination paradisiaque. S'y rendre c'est se rendre compte de sa situation, de son passé, c'est s'imaginer son futur.
Quand on se promène dans les rues des villes, on croise parfois un panneau d'affichage sur lequel est écrit: « Aidez nous à protéger notre trésor national » et sous le slogan se trouve la photo d'un enfant...
S'il y a bien une chose qui m'est venue comme une évidence lors de mes réflexions au cours de mes pérégrinations photographiques dans ce pays, c'est que les enfants sont la garantie d'un avenir meilleur au Cambodge. Malheureusement le pays est en proie à une telle misère que certains Khmers ne reculent devant rien pour s'en sortir ; et cela va jusqu'à l'exploitation pure et dure de leurs enfants qui à leur tour se retrouvent détruits, traumatisés.
La route est longue pour changer les mentalités. La scolarisation est une priorité dans ce pays.
Revenons à la photo : elle a été prise après un orage, dans l'après-midi. Alors que j'étais en scooter à Battambang, je me suis arrêté devant une pagode où il semblait y avoir de l'animation. Effectivement des dizaines de bonzes étaient réunis pour ce qui semblait être une cérémonie officielle.
J'ai cherché a m'approcher pour faire quelques images mais je ne voulais pas les déranger et il ne se passait pas grand chose. J'étais sur le point de repartir quand je suis tombé sur un groupe d'enfants jouant un peu en retrait de la manifestation. Je me suis approché et après les habituels rires, sourires et cris de bienvenue je me suis peu à peu fait oublier pour commencer à les photographier.
Au bout de quelques minutes a surgit ce gamin avec sa moitié de flingue en plastique... Je me suis tout de suite dit qu'il fallait que je le suive, qu'une bonne photo pouvait naître.
Après quelques essais infructueux l'instant décisif est là: le gamin fait mine de tenir en joue un de ses camarades. Il est à fond dans son rôle. L'autre au même moment, ne se doutant de rien, me jette un regard... j'ai ma photo.
Cette photo est lourde de sens puisqu'elle met en scène une exécution qui rappelle effroyablement toutes celles qu'il y a pu avoir lors du génocide par les Khmers rouges.
Texte et image : Quentin Top
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